"Au delà des Carpates, le cauchemar commence"



I.


La situation de la classe ouvrière hongroise est plutôt, mauvaise. Mauvaise parce qu'une bonne partie des salariés hongrois, une bonne partie de la classe ouvrière est désorientée par les illusions démocratiques, mauvaise parce qu'elle peut être divisée sur la question du nationalisme et manipulée dans des conflits d'intérêts. Chacun défend séparément la souveraineté dans son territoire, défend sa vie aliénée et paupérisée, défend son existence quotidienne avec ses illusions; en réalité, tout ceci conduit à l'acceptation de l'idéologie des forces politiques bourgeoises.

Le système Kadar a joué un rôle décisif dans le processus qui a conduit à une telle situation que nous voyons avec pessimisme. C'est paradoxal mais vrai que de plus en plus de gens pleurent le capitalisme, de Kadar dans lequel la classe ouvrière s'auto-censurait. Quoique son totalitarisme gris et ennuyeux dans lequel le prolétariat avait perdu son caractère "autonome" et alors que le parti bolchevique le regardait comme un enfant stupide de trois ans, l'ère Kadar avait sa logique spécifique. "Ferme ta gueule et nous te donnerons pain et beurre, bière et médecine, carte du Parti, relative sécurité de vie, opportunités peu coûteuse pour s'instruire" Et il comportait aussi des zones interdites taboues et si quelqu'un franchissait la ligne, il pouvait tout aussi bien se faire tabasser comme se retrouver en hôpital psychiatrique. Il sécrétait une pauvreté physique et intellectuelle et une vision "mortelle pour le prolétariat" pour son futur, qui semblait être parfaite et bercer les travailleurs vers le sommeil. Le capitalisme kadarien essayait de lessiver tout désir réellement humain et, une fois de plus il nous donnait tout ce qu'il pouvait nous donner: pauvreté, opportunité d'intégration e le knout. En fait, c'était la "plus joyeuse des casernes”.

Après le soulèvement ouvrier de Berlin Est (juin 53), il y eut aussi des protestations ouvrières en Hongrie (c'était avant Kadar). A Csepel (un faubourg sud de Budapest) une grève de 2 à 300 métallos contre les mauvaises conditions de vie. Il avait aussi des troubles à Ozd, Diosgyor et en plusieurs endroits de la Grande Plaine. Au cours de l'été 1954, il y eut de nouveau des grèves sporadiques. Après 1956 le mouvement ouvrier réel fut brisé, détourné en un objet de musée et fut expurgé par l'Etat dans les pages blanches des livres scolaires censurés. La résistance dura jusqu'à 1956, mais après elle fut vaincue et resta isolée. Mais bien sûr, elle ne cessa pas pour autant, quoiqu'après 1956, la classe ouvrière muselée et défaite non seulement retourna aux "usine de mort" et aux ateliers mais devint soumise à la "volonté suprême" du Parti qui pouvait tranquillement occuper le siège du pouvoir pour autant que les formes plus modernes et plus actives du capitalisme ne faisait pas irruption dans leur zone. Les conflits des années 50 s'estompèrent à la fin du printemps 1957 . La répression et les exécutions avaient commencé, un révolutionnaire d'un groupe de rue de Tuzolto (un des groupes militants le plus important de 1956) Istvan Angyal fut exécuté par les bolcheviks en 1958.

On peut énumérer quelques exemples tirés de l'histoire des mouvements prolétariens de protestation, qui montrent qu'il n'était pas possible de réduire totalement au silence la voix du mécontentement. Il y eut une amnistie en 1960 et ce "pardon limité" fut accordé à ceux qui avaient été emprisonnés "pour 1956" mais pas pour tous. A la prison de Vac les prisonniers commencèrent une grève de la faim, mais ils durent y mettre fin car cela ne menait à rien. En 1966, le Comité Solidarité Vietnam (qui était sous l'égide du KISZ, l'organisation officielle de jeunesse des bolcheviks) organisa une manifestation illégale le premier mai. A la fin de l'année, l’organisation fut dissoute. En 1967, des activistes jeunes "nouvelle gauche" organisèrent de nouveau des manifestations devant les ambassades occidentales. Des maoïstes furent arrêtés en 1968: ils étaient accusés d'organiser un parti illégal.. En 1970, pour le centenaire de Lénine, les étudiants organisèrent un programme soulignant avec des citations de Lénine les incongruités du régime. En 1971, le 21 mars ( le jour de la proclamation de la République Hongroise des Soviets de 1919) , les étudiants de la" nouvelle gauche universitaire" voulurent organiser une manifestation avec des cocardes rouges - parce qu'ils avaient dû abandonner leurs études (un film révolutionnaire excellent sur 1919 intitulé "Agitateurs" avait été mis à l'index depuis 30ans). Le 6 octobre 1971 plusieurs jeunes se rassemblèrent dans le jardin du Musée (une place de Budapest d'où était partie la révolution de 1848) et perlaient sur "ceux qui vivent dans la misère dans des sous-sols. ".Arrêtez-vous pour une minute.. cela en vaut la peine de dire que sous le régime de Kadar,il y eut toujours des manifestations petites ou grandes et des protestations au nom de la liberté et de l'indépendance". Au fond de tous était caché le désir d'une rupture pour sortir de la situation des travailleurs sans pouvoir et appauvris. Ces manifestations continuèrent aussi avec le changement au pouvoir, mais maintenant avec les symboles et les slogans du nationalisme.. En 1973 , le nouveaux Luckascistes gauchistes - qui étaient en relation étroite avec le Cercle Praxis de Yougoslavie - furent expulsés de leurs emploi et du parti à cause de leur activité critique. Le parti combattait constamment contre les intellectuels gauchistes; il suffit de souligner la colère soulevée par l'étude de Miklos Haraszi - Salaire aux pièces - ou le livre de Konrad et Szelenyi sur la nouvelle classe dirigeante. Au cours de l'été 1979, il y eut une augmentation des prix de l'alimentation. Les ouvriers de Csepel Iron et Steel Works mirent une tranche de pain et de margarine ( la nourriture typique des ouvriers en ce temps) dans les mains de la statue de Lénine devant la porte de l'usine; Après la grève de Gdansk, des informations circulèrent à Budapest relatant qu'il "y avait aussi une action à Csepel. Une autre rumeur parlait d'une grève qui avait duré trois jours et que "Kadar était allé là-bas pour rétablir l'ordre". Un mois plus tard, les plans d'augmentation des prix (toujours sur l'alimentation) était annulée et un ouvrier pouvait dire: "ils ont peur qu'il arrive aussi quelque chose ici" . En octobre 1980 se déroula une grève pour les salaires à l'usine de porcelaine de Hodmezovarhely; les officiels rapidement distribuèrent 1.000 forints aux ouvriers. Le 3 octobre 1980 dans un bâtiment de Kispest,, un poêle à pétrole explosait. Les travailleurs avaient depuis longtemps anticipé de tels accidents dus au sous-équipement. Sur 190 travailleurs, 34 se mirent en grève; Donnons quelques plaisanteries qui pullulaient dans cette période."40 kilos et on mange de l'herbe. Qu'est ce que c'est?- Ce que nous serons l'an prochain" "Des squelettes se rencontrent en 1980, l'un demande à l'autre: "est-ce que tu est mort avant ou après les hausses de prix? - Moi? Je suis encore vivant." Et ce dernier:" Ils ont augmenté le prix du pain, de la viande et du lait. Qu'est ce qui montera la prochaine fois? - Des barricades". En 1981,52 ouvrières d'une conditionnement des poulets à Szaboks refusent de faire es heures supplémentaires dont elle n'ont pas été avisées. Au printemps de cette même année, des meetings furent tenues dans différentes universités de Hongre et il y eut des discussions en vue d'établir des organisations étudiantes indépendantes. ceci pouvait être une approche identique en souvenir de 1956 et 1968 . En septembre 1982, quand les nouveaux tarifs des transports publics furent mis en application, les travailleurs de Taurus tyre factory à Szeged refusèrent de travailler; Les grosses têtes intervinrent et promirent des augmentations de salaire. Dans les années 60, la lutte de classe, le combat contre l'aliénation était sans ambiguïté présent dans la littérature et les films, dans de plus en plus de livres sur des sujets sociologiques ou politiques.. On peut illustrer ce propos au sujet de pas mal de films, de poèmes, d'essais, mais nous citerons seulement une phase d'un écrit de Zoltan Zslle des années 70 qui parlait de lui-même:" L'Etat des travailleurs monopolisait tous les tous les droits pour lui-même pour faire supporter à la classe ouvrière le coût de l'entretien et du développement de la société" Dans un numéro du samizdat de Beszelo de 1982 (publication illégale) un prolétaire se demandait s'il pouvait être possible de voir en Hongrie des événements similaires ceux de Pologne.

Il déclarait:" Si la situation économique empire à un tel rythme, alors oui". Et la situation empira ( mais au lieu d'un soulèvement, on eut un changement de régime et il s'ouvrit une ère de modernisation du capital ) et ce processus fut accompagné par la loi sur la "timidité dans le travail" : si quelqu'un était pris à paresser, il se retrouvait derrière les barreaux. Les cendres du "camarade Trotsky" pouvaient rigoler quand elles voyaient la dernière réalisation bolcheviques de la "militarisation du travail" sur laquelle il avait écrit si poétiquement. La littérature de combat de classe était pourchassée par les autorités. Il n'était pas possible de lire toutes analyses de 1956 : l'accès en était interdit tant dans les librairies que dans les bibliothèques. Mais une opposition de gauche clandestine émergea qui, quoique "démocratique" propagea l'histoire des luttes prolétariennes en Europe de l'Est. De cette façon quelques uns purent lire des écrits non censurés sur ces luttes. Quelques exemples des écrits qui furent publiés dans ce cadre: le livre de Bill Lomax sur 1956, le journal de Kronstadt d'Akexandre Berkman, les documents sur l'insurrection polonaise et une publication sur l'action prolétarienne à Berlin en 1953. En 1988, il y eut une manifestation de 10.000 personnes le 15 mars au cours de laquelle un orateur louangea Solidarity polonaise et 'l’amitié des peuples du Danube.

Alors l'ère du changement de pouvoir commença. L'économie de l'URSS était en faillite, elle ne pouvait soutenir la concurrence et se décomposa. La circulation du capital régulée par l'Etat perdit la lutte de la compétition et le capitalisme classique mais modernisé prit sa place. Les lieux de travail furent bradés à la barbe des travailleurs. Et au capitalisme d'Etat bolchevique, lieu de tranquillité et de protection succédait de plus violentes obligations économiques. Les requins du capital licencièrent les vieux salariés, "socialisés" dans la période de paix, modernisèrent le capitalisme, changèrent les structures de l'appareil productif, et le firent rapidement, tandis que le mouvement ouvrier institutionnel, ayant perdu sa base, prit le deuil pour ses tyrans. Dans une longue série de films documentaires, dénommée "Ozd-series" - dont le thème central est l'ère du changement de régime, la caméra enregistra le dialogue suivant: " Comment cela est arrivé? Pourquoi cela est arrivé?" demande la femme de ,Istvan Andras " Il n'y a plus de travail, plus d'idées, plus rien. Nous avons 40 ans et nous n'avons que le spectacle de la misère. On nous a volé nos vies" Au lieu de polichinelles décorés de l'Etoile Rouge, les mémères de l'Etat-Parti, la scène de notre vie est maintenant occuée par la prochaine firme capitaliste. Le froid cabaret de la "démocratie populaire et du COMECOM" est changé dans la représentation théâtrale plus classique mais plus rationnelle pour la classe dominante, le mode de la production capitaliste. Entre 1989 et 1992 ,l'empire du Pacte de Varsovie s'effondra, mais ce n'était pas un processus de restauration capitaliste comme les Marxistes-Léninistes aiment le souligner, mais la rationalité du capital se frayant sa voie. L'économie qui était influencée parles partis bolcheviks, ne pouvait supporter la concurrence des firmes occidentales plus avancées. On doit ici se souvenir du maintien énergique de ces firmes ou branches d'industries travaillant à perte et dont les produits, pour des raisons idéologiques étaient gratuits ou très bon marché. L'histoire de ces firmes; couvertes de dettes est longue et il serait intéressant d'écrire un long chapitre à leur sujet....Les réponses d'une classe ouvrière désorientée au capitalisme modernisé restait principalement réformiste. Les "traditions des conseils ouvriers” déformées revivaient. Ils n'étaient pas du tout révolutionnaires et ne s'opposaient absolument pas au capitalisme. Ils acceptaient le cadre de l'ordre capitaliste et en toute occasion pactisaient avec la bourgeoisie. Dans leur cas, nous ne pouvons pas parler d'auto-organisation parce que ces misérables exhibitions émergèrent sous la supervision des autorités. La commercialisation ultérieure de l'autogestion par le nationalisme et par une "conscience domptée" affaiblit la classe ouvrière qui était déjà dans un état pathologique. Mais les travailleurs sentaient bien que quelque chose allait très mal pour eux. La chute du niveau de vie, la diminution progressive du salaire moyen, les énormes hausses de prix - un tel processus aurait dû alerter le prolétariat et l'amener à sortir de son état d'immobilisme. Les techniques de division habituellement fonctionnent dans ce cas; l'individualisme "moi et moi" pouvait réussir pour un temps, mais la pauvreté grandissante était ressentie, même par une classe ouvrière atomisée et divisée et bien; pas mal de grands usines et d'aciéries avaient été fermées, bien que le chômage soit de plus en plus important, les ghettos de misère contraignaient le prolétariat à vivre dans un espace commun, entassés comme des sardines dans de misérables appartements, des passages, des rues, des quartiers. Vous pouvez imaginer. En novembre 1990 en réponse à une augmentation du prix de l'essence, éclata ce qui fut appelé " le blocus des chauffeurs de taxi", qui pourtant alla bien au delà d'une étroite revendication professionnelle, des milliers de prolétaires les ayant rejoint en une vague de protestation. Et alors, ils étaient dans les rues, pas en raison de l’augmentation du prix de l'essence, mais à cause de leur vie commune, de la misère et le désespoir de leur vie prolétarienne, de leur vie quotidienne aliénée et détruite. L'euphorie qui avait suivi le changement de régime et la promesse mythique d'une "nouvelle vie meilleure avaient déjà volé en éclat sous les réalité nécrophile du capital. Les prolétaires qui voulaient protester et manifester se réjouissaient de ce blocus qui s'étendit dans tout le pays. il n'y avait plus de feux rouges, plus d’engueulades de conducteurs, plus de contrôles dans les transports publics, plus de crainte d'être en retard au boulot - au lieu de tout cela il y avait la solidarité de toute une population dans la rue: des ouvriers, et des ouvrières tous décidés et discutant, en long et en large, des lunettes et des barbes, l'armée de ceux qui font la cuisine et fournissent la nourriture, les regards restés conscients des cités d'HLM, tous joyeux et voulant vivre, juste comme un remake de 1956. La rue nous appartenait, mais pas tout à fait.. La protestation ne s'était pas étendue partout et ne se transforma pas en un soulèvement insurrectionnel. Nous pouvons nous souvenir que le ministre de l'Intérieur ne savait pas quoi faire et restait tremblant derrière la fenêtre du Parlement, il pesait la décision de faire intervenir la force contre les protestataires. Des négociations commencèrent pour "coordonner les intérêts. et en même temps le retrait de la classe ouvrière qui, manque d'organisation et développement ultérieur de la conscience, retournèrent à la maison et à leur banc de torture... La paralysie des routes donnait seulement le la, mais n'allait pas plus loin et la vague étale de la protestation commença à refluer.



II.



Ailes droites et ailes gauches des gouvernements allaient et venaient, le nationalisme amplifié confinait au fascisme et la bourgeoisie se réjouissait sur le cadavre du prolétariat. Non ce n'était pas 1933 ou 1921, ni la Russie quand ils pensaient que nous avions été battus et que nous capitulions. Dans la première partie de notre exposé, nous avons brossé un tableau sur les attributs du régime Kadar qui sont encore effectifs. Les manifestations et les grèves existaient encore mais elles étaient accompagnées par la "solidarité" (intégration) capitaliste des ailes gauche et droite du Parlement. Les manifestations réelles de mécontentement prolétarien sont faibles se développent en concordance avec les intérêts des capitalistes. Le "mouvement civil" devient de plus en plus fort mais il se borne à faire pression sur les forces des ailes droites ou gauche. On peut voir chaque jour les actualités: les travailleurs des hôpitaux veulent faire grève,, les chauffeurs de BKV (Compagnie des Transports de Budapest) ont juste augmenté les salaires avant ce qui paraissait être une menace de grève. Les bourgeois se dénoncent mutuellements'accusant les uns les autres de corruption, de poignées de mains dorées, de relations avec les hommes du pouvoir et avec la maffia; Les manifestations de la classe ouvrière sont organisées sous l'égide des syndicats, utilisant un langage démocratique et nationaliste, sur la sécurité de l'existence, pour une peinture éculée du futur...et la bourgeoisie se rit d'eux.

Citons q quelques exemples des manifestations ouvrières d'aujourd'hui. Aux premiers jours de juillet 1994, l’usine Cyclon-Berstal de Berettyoujfalus était occupée par les ouvriers mais une tentative d'autogesion échoua parce qu'elle signifiait la démocratie du capital. Il y eut aussi des manifestations aux mines de Vasas près d e Pecs auparavant et à Biharkeresztes, les ouvriers de Steel ProductionLltd voulaient occuper l'usine pour s'opposer à la privatisation - mais finalement ils y renoncèrent. Aussi en août 1994 les prolétaires vivant en dessous du standard de vie minimum à Miskolc firent une manifestation pacifique. En mai 1994 les ouvriers de l'usine Berva à Eger manifestèrent à Budapest. En 1995 il y eut des grèves dans les sociétés d'électricité à Tiszalok et à Paks. Cette même année 60.000 travailleurs du secteur santé manifestèrent devant le Parlement, le 15 novembre 70.000 manifestent contre les lois sur l'éducation, suivis le 15 décembre de manifestations d'éducateurs. A l'automne1996,les ouvriers de l'usine de pièces détachées pour l'automobile de la firme Hammerstein voulurent fonder un syndicat mais le patron en eut vent et licencia les initiateurs. Aussi en 1996, les organisations de jeunesse organisèrent une manifestation contre les droits d’inscription, mais bientôt , la vérité fut révélée et les négociations avec le pouvoir les montrèrent clairement. En 1997 les travailleurs de l'industrie de la viande de Szekszard firent une manifestation. La même année à Tollnanemedi les routes furent barrées contre la réduction du nombre de lits d'hôpitaux, mais la colère se calma rapidement. Début 1998 des manifestations de protestation furent organisées par les syndicats ( santé, postes, énergie...). Début avril 1998 Salgotarjan des prolétaires attendant leurs prêts attaquent le bureau de poste qui avait refusé de les payer - nos ne possédons aucune information sur cet événement.

Les manifestations des paysans venaient juste de se terminer et les tracteurs de la bourgeoisie des campagnes décorés de tricolore bloquaient de nouveau les routes. Ces véhicules sont les monstres de la classe dominante. Mais...en général dans ce qui est rapporté sur le prolétariat hongrois il y a peu d'information sur l vie de la classe ouvrière dans les campagnes.. Bien sûr, là aussi, la transition s'était accomplie, tout comme dans les villes, mais là aussi la pauvreté et la triste réalité hongroise subsistait. Les salariés dans les villages hongrois ont perdu leur base lorsque les coopératives d'Etat furent abolies parce qu'il apparut que l'agriculture collectivisée ne répondait nullement aux impératifs de la nouvelle ère. Selon une étude concernant l'agriculture, il n'y avait pas suffisamment de capital pour une réorganisation, la structure était mauvaise, les techniques utilisées étaient obsolètes. La redistribution vers la propriété privée avait de nouveau commencée, le jeu d'échec politique nationaliste était renforcé et avec de nouvelles lois sur les indemnisations et les privatisations, le signe bien connu "Propriété privée - Passage interdit" réapparut d nouveau dans les champs et les forêts. Sous le règne de Kadar, quand les maîtres du pays organisaient de grandes chasses dans les forêts et fermaient les grandes forêts avec des commandos spéciaux - ce hobby persiste dans le nouveau système, accompagné de ces signes. Le pouvoir temporaire de la bourgeoisie n'avait pu empêcher la chute des subventions à l'agriculture, le système de subventions à l'exportation et à l'importation avait été transformé et la classe dominante, en dépit de son nationalisme, dans bien des cas, préférait les "produits extérieurs" aux "produits domestiques" Le capital va toujours là où réside ses intérêts et le fascisme hongrois ne pouvait toujours pas comprendre cette logique claire - lors de sa défense du „réseau de produits hongrois”. Cette grrandiose et excitante théorie de la race qui était la leur avait été étendue a presque tout, c'est ainsi que le phénomène de la forêt hongroise, du bois hongrois, du lait hongrois avait été créé - et cette mythologie avait produit quelque chose d'utile pour nous aussi parce que, en fait, l'authentique produit hongroise, le rustaud bien conscient Trianon, un mastodonte stupidement charmant et idiot, un archétype d'opérette produite artificiellement, une authentique caractéristique de l'époque.

En 1988 il y avait 1335 fermes coopératives en Hongrie; en dépit de la transition , leur nombre a augmenté , mais ce fait entraîna une grande déception: en 1988 elles employaient 1.088.000 personnes ( la plupart des prolétaires); la plus grande partie perdirent leur emploi jusqu'à mi 1993; Le chômage a atteint des records. La vieille - nouvelle bourgeoisie commença à acheter les terres et seules restèrent invendues les terres les moins rentables. Selon une source crédible, la richesse des coopératives s'élevait à 260 milliards de forints, ce qui représentait 15% de la richesse totale de la propriété nationale - bourgeoise. En 1993, l'emploi obligatoire fut aboli et soudainement 300.000 personnes se retrouvèrent sans emploi. Le lopin familial fut aussi interdit ( beaucoup essayèrent de tourner la loi). En fait, mis à part le spectacle de la "riche terre hongroise", pour le travailleur agricole hongrois restait seulement l'éternel lieu prolétarien - la misère. Les dynasties des petits et grand fermiers - que nous pouvons connaître d'après les oeuvres de "écrivains paysans", qui décrivirent les campagnes hongroises durant la période fasciste - revinrent et l'armée de travailleurs, mendiant le travail simplement pour exister, d'esclaves de l'Etat devinrent esclaves de la "bourgeois campagnarde". Dans cette situation,, ces producteurs individuels qui travaillent sans employer de main d'oeuvre servile sont dans une certaine mesure , l'exception; Ils manifestent aussi avec les fermiers, mais pour des raisons différentes: ils aimeraient éviter la faim, la misère et le cercueil. La situation devint de pire en pire. Il y a un fait divers d'un mendiant unijambiste qui se fit couper l'autre jambe pour exciter la pitié, pensant que de cette façon les gens seraient plus charitables.. C'est bien là l'absurdité du monde capitaliste, non , c'est sa réalité. La position des propriétaires bourgeois devint aussi difficile: et après l'entrée de la Hongrie dans la Communauté Européenne, leurs ressources vont chuter à cause de la concurrence et ils protestent contre la perte de leur base. c'est pour cela que les tracteurs vrombissent dans les rues de Budapest. Les manifestations de paysans sont récurrentes , qui ne connaissent un répit dans les années passées seulement quand c'est la saison de la chasse. Le parti des "petits fermiers" s'est dissous dans différents partis de droite le "roi des paysans" Jozsef Torgyan ( l’ancien leader du parti) a "sacrifié sa carrière politique" est de nouveau un juriste, laissant cette classe dominante du pays sans chef. Les manifestations de l'an passé ont continué cette année en février, ceux qui ont sacrifié la classe ouvrière des villages peuvent respirer, ils commencent à craindre d'être prolétarisés, alors ils grimpent ( ou font grimper leurs ouvriers) sur les tracteurs.

L'armée des fermiers millionnaires ( possédant plus de 30-35 hectares) blâment le gouvernement de gauche pour leur situation, pour la chute de leur niveau de vie, pour le rétrécissement des marchés.; bien sûr ils pourraient en blâmer l'ensemble de leur classe ( c'est un cas typique de gros poissons - petits poissons) mais comment peuvent-ils le faire? Et même s'ils pouvaient le faire, nous n'avons rien à faire avec ça. Nous ne sommes pas perturbés par le fait que les hyènes du captal se bouffent les uns les autres. Mais, avant tout, nous avons à payer le prix du pain, de la viande ou du lait et nous, les prolétaires sommes contraints de payer pour les querelles internes de la bourgeoisie. Alors la classe ouvrière doit se réveiller et ne pas revendiquer mais détruire l’empire du capital.. Dans la lutte concurrentielle de l’accumulation et de la distribution du capital, une fois de plus l’espace vital de la classe ouvrière se rétrécit de plus en plus. La classe des paupérisés, le prolétariat agricole dans terre se voit toujours „lié” à ses „maîtres” et espère que ceux-ci leur apporteront de l’aide. Mais il est temps de voir notre appartenance de classe, que nous ne pouvons rien espérer des capitalistes et de leur système si ce n’est de l’humiliation, des patates et des légumes gelés, de la piquette et du mauvais tabac, l’augmentation des prix et le viol des femmes prolétariennes, des impôts élevés, des notes exorbitantes d’électricité, la ruine des relations humaines, la vie gâchée, l’alcoolisme , le suicide, le chômage, d’être sans-logis, l’aliénation et autres beautés des élixirs de vie.

Nous avons déjà fait référence aux „écrivains paysans” pour le réalisme de leurs descriptions que l’on peut retrouver aussi dans la présente réalité. Les partis d’opposition de l’aile droite du parlement et leurs escadrons fascistes sont issus de ce nid des fermiers hostiles au gouvernement. Les fermiers sont les marionnettes de ces partis et les slogans de propagande pour les élections de l’an prochain percent déjà en ce sens. Le gouvernement de gauche vole tout ce qu’il peut voler et „oublie” de partager les prébendes juteuses avec l’opposition. Bien des gens pensent que les „fermiers sont victimes de la politique agricole de l’Union Européenne”. Ce n’est pas vrai., ils sont victimes du système capitaliste - ils sont les perdants dans la compétition capitaliste et deviennent pauvres; ils sont les mendiants de demain. Mais une fois de plus nous n’avons rien à faire avec les problèmes de cette fraction de la bourgeoisie. Une analyse récente souligne: ”Leur production est plus coûteuse parce qu’il manque de capital, pour les bâtiments, pour le matériel et pour leurs connaissance technologiques. Leurs problèmes spécifiques résident dans une forte demande en capital, en produits manufacturés de coût élevé, une efficacité réduite et ils ne sont pas capables de produire des marchandises standardisées de bonne qualité en grande quantité. Ils consomment l’argent des contribuables juste comme un tonneau percé. „C’est pour cela qu’ils demandent les subsides de la Communauté Européenne qui sont distribués par le canal du gouvernement de gauche.. Ils recevront ( ou au moins ils semblent recevoir) 74 milliards de forints de l’Union Européenne et 92 milliards du budget gouvernemental. Ils en ont un besoin urgent mais le gouvernement accumule les dettes et les paie au compte gouttes - de sorte qu’il ne fait que boucher les trous causés par tout ce qu’ils volent d’autre part.

Dans cet écrit , nous avons appelé le capitalisme de Kadar „capitalisme d’Etat. En réalité, ce n’est pas exactement le terme adéquat depuis que dans la formule1 du capitalisme l’usine est au-dessus du pouvoir d’Etat et que l’Etat peut seulement tenter de s’asseoir devant la situation et réguler le mouvement du capital. Ce fut la principale raison de l’effondrement de l’ère bolchevique. Le „principe des dominos” a fonctionné: si l’économie n’est pas prospère , nous en sommes les victimes. Malgré tout, nous ne sommes pas intéressés - comme les sociaux démocrates aiment nous le faire croire à l’établissement d’un système de „welfare”. Mais, comme le disent les vieux communistes „Les prolétaires n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes”


Barricade Collective,

mars 2005.